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A GEORGES Le vent ourle toujours de moustaches d’écume des vagues qui roulent des airs de guitares aux cordes desquelles pendent des pantins. De vilains bourgeois, des juges et gendarmes, tout un petit monde qui se prend au sérieux et gigote sur des musiques de chansons pour mécréants, intimistes ponctuées de lamentos de contrebasse. Des refrains qui s’accrochent à ma mémoire comme autant de bobineaux de rubans de couleur. Des bandes son n’en finissant jamais de me faire dresser l’oreille. La bonne, celle côté cœur, car elles sont plaquées d’accords en ré et de bourrus mots d’amour que je ne me lasse pas d’écouter en boucle. Un répertoire à faire naître des générations de poètes ancrés au large, à l’écart des modes, mais qui tous rêvent de finir l’éternité qui leur reste enfouis au sable blond de la grève de la Corniche, cette immensité. Ce chant grave et prenant, qui semble si facile à retenir m’accrocha. Il perpétue le versant heureux de ma jeunesse que ternit peu à peu le temps sans que je puisse oublier ni la cane de Jeanne, ni le vieux Léon. Un plaisir solitaire dont je me souviens sans honte ni remord, comme d’un goût de caramel avec parfois le piquant d’un bonbon au poivre. Je ferme les yeux pour le revoir encore. A la limite imaginaire de la terre et du ciel, un homme va lentement au supplice, à la rencontre d’un parterre noyé de pénombre. Il avance hésitant face à une foule qui gronde, impatiente de bonheur. Un cercle de lumière l’enveloppe alors comme une carapace dans laquelle il se fond, une armure qui le protège, timide et emprunté, mal à l’aise. Enfin rendu il s’arrête, pose le pied gauche sur un tabouret. Il ne fera plus d’autre pas. Il gratte et grogne, se dandine tel un gorille en rut, dit des mots en forme de jurons d’autrefois, chante et ne se sauvera seulement lorsque plus personne ne voudra qu’il parte. En fait il n’est jamais parti. Il est simplement passé derrière le rideau de scène où l’attendaient François Villon, Rutebeuf, Paul Fort, Victor et Aragon et toute une pléiade de rimeurs à qui il redonna vie. Là où je ne tarderai pas à les rejoindre, admiratif, tout à leurs vers. |